Allez, on est motivés et on reprend le taxi pour rejoindre Noukous. Ce n’est pas que nous avons encore besoin de découvrir des bleds paumés mais cette ville cache un des plus important musées d’Asie Centrale. Ne se trouvant qu’à quelques kilomètres, nous décidons de ne pas rater l’incroyable collection Savitsky.
Durant la deuxième guerre mondiale, l’école des Beaux-Arts a été déplacée de Moscou à Samarcande. Un certain M. Savitsky faisait parti des étudiants du moment. La région lui a plu et il y est resté. Après avoir réuni, et par conséquent sauvé de la fonte, une fabuleuse collection des bijoux et parures traditionnelles des habitants de la région, il s’est consacré à l’art non conforme sous le régime soviétique.
En effet, à l’époque les artiste devaient se plier aux règles du parti et représenter uniquement des sujets à la gloire du système communiste: Ouvriers au travail, manifestations de jeunesses syndicalistes, etc… Tous les artistes sortant du cadre imposé risquaient jusqu’à un séjour au goulag. Savitsky était certainement trop éloigné de Moscou pour qu’on s’intéresse à lui et il a donc pu réunir une collection incroyable d’oeuvres de toute l’Union Soviétique dans des styles allant de l’impressionnisme au cubisme. De plus, il s’est efforcé de constituer une collection complète d’oeuvres significatives pour chaque artiste. Le résultat est incroyable et ce musée est sans conteste un des plus importants au monde pour la peinture du XXème siècle. Jetez-y un oeil, cela vaut le détour: http://www.savitskycollection.org/
Certains touristes motivés continuent et rejoignent Moynaq pour voir une ville désolée, perdue dans le désert, mais qui se trouvait il y a 50 ans au bord de la mer d’Aral. Cette mer a perdu 50% de sa superficie à cause du détournement des deux fleuves qui s’y jettent pour les cultures de coton. Cet asséchement est une des plus importantes catastrophes environnementale du XXe siècle. La culture du coton introduite durant l’époque soviétique n’a malheureusement pas cessé. Pour un pays essentiellement désertique avec des températures avoisinant 45 degrés en été, il est vraiment étonnant de voir autant de champs de coton. Sachant que cette culture est une des plus gourmande en eau, ce n’est pas avec en moyenne 60 jours de pluie par année que le pays arriverait à être le 4ème producteur mondiale de cette fibre: L’Ouzbékistan pompe donc allègrement dans le fleuve Amou Daria qui, avec le Syr Daria au Kazakhstan, est un des deux affluents de la mer d’Aral. Le fleuve rétréci ainsi dangereusement, plus on s’approche de la mer d’Aral et s’en va même mourir de soif dans le désert quelques centaines de kilomètres avant son embouchure. Selon un chauffeur de taxi, c’est la faute des Tadjiks en amont avec tous leurs barrages: bien sûr!
Et le travail forcé des enfants Ouzbèkes dans les champs, c’est la faute à qui?
Au président du pays. Ici, c’est lui qui décide de tout! Les Ouzbèkes n’ont pas grand chose à dire et nous non plus d’ailleurs. Notre site peut être censuré si nous mentionnons certaines critiques, celui d’Amnesty International notamment, est inaccessible. Nos photos peuvent également être détruites lors de contrôle policier si celles-ci présentent des photos compromettantes. C’est le premier pays dans lequel nous ressentons autant le poids d’une dictature. Les populations semblent rester pour le moment assez calmes grâce à la forte présence de l’armée et de la police…
